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jeudi, 10 janvier 2013

CULTURE ET IDENTITE AFRICAINE

Acceptons les critiques capables de nous faire avancer si nous sommes conscients du besoin de nous améliorer. Cessons donc de nous perdre dans des explications avec des arguments spécieux, source de notre naufrage culturel. Le concept d’authenticité africaine, dans sa pratique, exige des noms et prénoms africains. Pas des prénoms français, allemands, juifs, anglais, ou que sais-je dans cette Côte d’Ivoire de personnes uniquement amoureuses des prénoms venus d’ailleurs.

Non, je ne refusais pas de répondre au duo Bouazo-Manbo. Qui sont-ils ? L’un est un journaliste à Ivoire Busines et l’autre, le producteur exécutif du chanteur Bété de Côte d’Ivoire dénommé Pierre Loti. Donc je voulais d’abord m’informer. Pas à leur sujet bien sûr. Ainsi je suis allé sur le net à la recherche de cette appellation, sujet de la polémique entre des ivoiriens. D’un côté, ceux qui ont honte de leurs valeureux prénoms africains, de l’autre, un africain qui pleure face à la situation précitée. Les seules informations que j’ai trouvées concernent l’écrivain français et le Café Pierre Loti d’Istanbul, sûrement nommé en l’honneur de celui qui est devenu célèbre avec son vrai et le demeure même après sa mort. J’ai essayé YOUTUBE. Rien. Pas de Pierre Loti artiste de nationalité ivoirienne. Un artiste du showbiz international ! Même pas Ablé Moli, le nom réel de ma future idole –s’il se débarrasse de ce nom qui n’enlèvera rien à son talent sous-entendu.

C’était le sens de mes larmes que n’ont pas compris les fils de Bouazo Saki et Manbo, je le répète encore, deux africains qui cachent leurs véritables et jolis prénoms avec Yves et Casimir. Dêhêdê ? (vraiment ?). Mon idée était pourtant simple et appelait leur pitié dans le bon sens et non dans celui qui est favorable à notre fascination pour les prénoms étrangers. Mon idée en appelait aussi à leur bon sens d’intellectuels pour l’analyser et l’encourager. Ils ne devraient donc pas la…battre en brèche –simple retour de l’expression à ses auteurs – avec des explications d’équilibrisme intellectuel. Ni surtout pour faire voler en éclats la thèse de quelqu’un, même s’il ne peut se targuer d’être un intellectuel comme eux, essaie cependant, d’ouvrir leurs yeux et leurs esprits raffinés sur une situation d’effacement de notre identité. Il n’est pas mauvais de rester soi-même

Je suis convaincu que plusieurs africains le comprendront tôt ou tard : aucune raison de rejeter nos prénoms au profit des prénoms étrangers n’est valable. Ils verront aussi que les deux civilisations dont les religions nous lavent le cerveau pour les suivre sans réfléchir, luttent plutôt pour l’hégémonie de leurs cultures. Il n’y a rien de plus drôle que ce soit les enfants de l’Afrique, un continent aussi riche en cultures, qui subissent, comme de bons moutons, les effets destructeurs des civilisations occidentale et orientale.

Non, je ne veux pas y aller. Il est glissant, le terrain des déclarations stéréotypées qui, au lieu de nous sauver, nous servent comme preuves de notre condamnation. Ces raisonnements de bric et de broc nous font avancer sans bouger. « Pseudonyme artistique, showbiz international, nouveau millénaire, approche de dialogue des cultures (Nord-Sud)… » Des raisons toutes fabriquées pour nous convaincre du besoin de notre propre assujettissement à l’Occident ou à l’Orient. Alors, malheur à nous qui ignorons nos valeurs, les sous-estimons. Mais, avons-nous le temps d’ouvrir nos yeux là-dessus ?

Je vais donc exprimer mon intervention en de mots encore plus simples. Ainsi le journaliste et le producteur exécutif d’Ablé Moli saisiront mon cri du cœur. Sûrement ils tendront à quelques échelons supérieurs, leur corde d’exhibition suspendue trop en-dessous de la portée de ma vision… Il me fallait forcément utiliser vision au lieu de point de vue.

Non, le chanteur n’avait pas besoin d’être un Pierre Loti de la musique. Surtout quand il prône l’authenticité. En plus, la tentative de sauvetage de ses défenseurs, à travers leurs exemples et raisonnements, le noient. L’Afrique est un champ riche en vocabulaire et en noms. Nos artistes devraient donc mettre en valeur nos…valeurs que de les abandonner au profit d’un mouvement qui tient plus de la fascination pour ce qui est déjà connu. Et puis, entre nous, cette explication de LOTTE et Loti ne passe pas. Lotte reste Lotte et Loti reste Loti. Nous ne sommes pas condamnés à aimer ce qui vient d’ailleurs. Non, non et non !

Voilà. C’est peut-être subjectif, contrariant pour ceux qui se plaisent dans la peau du blanc à travers leurs prénoms. Mais ça peut faire réfléchir d’autres et les décider à remettre leurs prénoms africains en valeur. Je l’ai fait. Je ne le regrette pas. J’en suis fier au contraire. Donc je l’ai bien réussi. Je n’utilise pas moins la langue française que ceux qui adorent uniquement leurs prénoms occidentaux. Fela Anikulapo Kuti l’a fait en se séparant de son prénom étranger et il est toujours resté célèbre jusqu’à sa mort. Et puis, regardons tout près autour de nous. Les ivoiriens sont les seuls à exhiber ces inepties. Ils doivent dont cesser et graver leurs prénoms véritables dans les livres de célébrité. Ce n’est pas avec son prénom Valérie que Dobet Gnahoré est devenue célèbre. Et elle ne ressent aucun complexe d’être appelée sans son prénom étranger.

Et même plusieurs ivoiriens l’ont déjà fait. Bien sûr ils se sont débarrassés des patronymes étrangers sans tambour ni trompette. Mais ils sont à saluer avec tous les honneurs dus à leur grandeur d’esprit pour leur identité africaine. Parmi eux, le regretté Maître du Didiga. Il est passé de Zadi Zaourou Bernard à Botey Zadi Zaourou. Que les inverseurs de l’identité ivoirienne ne se sentent pas vexés, mais je dis bien Zadi Zaourou Bernard et non le contraire. Même son frère, l’actuel Président du Conseil Economique et Social, s’appelle Zadi Kessi Marcel et non Marcel Zadi Kessi. Nous pourrions même le soupçonner d’avoir banni le prénom étranger, car depuis belle lurette, on ne l’appelle plus que par Zadi Kessi. Sans que cela ôte un brin à ses valeurs intellectuelles occidentales. Lève ton bras droit, grand-frère, pour la leçon !

PPGames

J’ai été étonné que le producteur exécutif ait voulu me convaincre avec les mêmes exemples que je reprouve dans mes critiques. Les Ernesto, Spinto, Martino, Amédée, Jimmy… nous ont donné l’exemple de l’imitation. Il est mauvais. Abandonnons-le. Les Elvis Presley, James Brown, Sam Cooke, Beyoncé, Rihanna, Frank Sinatra, Céline Dion, Madonna, Michael Jackson, etc. ont dépassé les frontières de leurs pays avec leur nom de naissance. Ils ont fait la différence avec leurs talents. Seydou Koné aurait percé en reggae grâce à son talent même s’il ne s’appelait pas Alpha Blondy. Si vraiment l’artiste africain se sent obligé de se donner un nom d’emprunt, qu’il le puise dans son propre terroir ou dans un terroir africain. C’est plus naturel, plus sincère et plus normal. Nous devons faire connaître nos valeurs par ceux que nous aimons copier, mais qui ne pourrons jamais nous copier.

C’a aurait été plus simple pour Mr Manbo-quel nom plus joli et plus assonant que Casimir !- de dire : « Merci, cher avocat de nos noms africains. Tu nous permets de voir et comprendre que le nom Ablé Moli mérite mieux d’être connu. Le monde entier connaît déjà le nom Pierre Loti dans un domaine différent. Et que d’ailleurs Ablé Moli fait plus rêver par son originalité qu’un nom plagié. Il est chargée de sens, nous le reprenons bientôt ». Oui, reprenons nos jolis prénoms et abandonnons ceux qu’on nous fait adopter par un lavage de cerveau dont nous sommes complices. C’est simple. Nous devons redevenir nous-mêmes.

Pour terminer, j’applaudis leur explication imagée et anecdotique du nom caché de l’artiste, même elle oblige à un grand exercice intellectuel. Un nom ô combien joli ! Mais malheureusement caché sans aucune raison convaincante. Je ne regretterai pas le fait que cette explication ne serait jamais venue si je n’avais pas taquiné l’artiste. Je m’y intéresse et la prends dans mon cœur. Elle est pleine de bon sens. Ce sont ces connotations, anecdotes, images, figures de styles contenues dans nos noms qui me font les adorer et me battre pour leur survie. Elles me font voir les valeurs de notre continent. Des valeurs que nous rejetons sans réfléchir. Ce qui nous efface petit à petit de la liste des races ayant conservés leur identité et leurs cultures. Quel problème grave !

Mais il n’y a que nous-mêmes, les africains pour prendre conscience de ce problème et nous donner les moyens de le résoudre. Cessons donc d’être ridicules et des imitateurs faibles d’esprit. Cessons surtout de nous convaincre avec des raisons vagues, dépassées, légères, dans le seul but de ne pas nous démarquer des prénoms étrangers. Les propriétaires de ces prénoms ne sont pas intéressés par les nôtres. Cela ne nous fait-il pas réfléchir ? Alors pour nos prénoms au moins, agissons dans le sens contraire. Notre amour pour eux obligera sans doute nos idoles à nous imiter. Pourquoi pas ?

12:40 Écrit par Bermudas Weed | Lien permanent | Commentaires (0) |  Imprimer | |  Facebook | | | | Pin it! | | |  del.icio.us | Digg! Digg

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