topblog Ivoire blogs

mercredi, 13 février 2013

ZOO D’ABIDJAN LES SINGES ASSURENT LE SERVICE MINIMUM

L’Eléphant Déchainé-12/2/2013

Il y a bien longtemps que le zoo d’Abidjan ne fait plus rêver. Attraction touristique nationale et sous régionale à l’époque du premier président ivoirien, Félix Houphouët-Boigny, le parc zoologique d’Abidjan fait peine à voir depuis un certain nombre d’années. C?est dire le grand intérêt que les régimes successifs accordent au patrimoine forestier et animalier de ce pays. Nostalgie, nostalgie? Dans les années 80 et au début des années 90, le zoo d’Abidjan invitait à l’évasion. Animaux locaux et exotiques peuplaient ce lieu. Ours noirs, Bongos (gigantesques antilopes), troupeaux d’éléphants, autruches, émeus, guépards, potamochères (porcs sauvages), antilopes, hippopotames, buffles, sauriens, lions, panthères, lynx, rongeurs, une variété d’oiseaux, des canidés sauvages (chacals, hyènes, civettes),des reptiles (de gigantesques pythons aux mambas), d’immenses tortues terrestres et marines, des rhinocéros, des chimpanzés et autres singes, bref toute une panoplie d’espèces animales, dont certaines en voie de disparition, faisait le bonheur des visiteurs. Dans la cour, des paons arboraient fièrement leurs plumages colorés et les écureuils s’adonnaient à des courses poursuites dans les cimes des grands arbres sous les regards réjouis des visiteurs. Et les cris vigoureux des différents animaux résonnaient comme une invitation aux visiteurs et même à ceux qui passaient près de l’enceinte à venir apprécier le spectacle qu’ils offraient. Touristes, curieux, familles, amoureux, dragueurs, tout le monde y trouvait son compte.

Les établissements primaires, les associations et autres organisations y effectuaient fréquemment des excursions à l’attention de leurs membres. Le zoo d’Abidjan était un zoo digne de ce nom. C’était la grande affluence. Mais tout ça, c’était il y a bien longtemps ! Les singes assurent le service minimum désormais ! Hélas, ce temps est bien loin à présent. Le zoo est complètement laissé à l’abandon par les autorités. Et malgré la volonté des différents responsables qui se sont succédé à la tête de cette structure, la situation va de mal en pis. Surtout qu’il a payé un très lourd tribut à la crise post-électorale pendant laquelle il fut transformé en champs de bataille par les différents belligérants. Plusieurs enclos sont désespérément vides. Si vides que certains employés du zoo en ont transformé d’autres en coin de repos. S’ils n’y ont pas tout simplement élu domicile. C’est à voir! Dans l’abri au sein d’un des enclos dans le temps occupé par des biches, le visiteur peut apercevoir une serviette, une éponge et du linge à sécher. Signe que tous les pensionnaires des enclos ne sont pas que des animaux. Aujourd’hui, le zoo d’Abidjan n’abrite plus que comme principales attractions, en dehors des crocodiles et des singes, 1 hippopotame solitaire, 2 alligators, 1 chacal, 2 hyènes, 3 petits pythons, 1 grosse tortue terrestre, une tortue marine, une petite tortue carnivore, 2 jeunes buffles, quelques mangoustes, une grue couronnée, un vautour, deux milans noirs (éperviers) . Et comble de misère, un jeune éléphant triste et solitaire qui manipule de temps en temps un pneu usager mis à sa disposition pour tuer l’ennui. Pour un animal qui vit en troupeau, il est aisé d’imaginer tout le bonheur qui est le sien de se retrouver ainsi isolé.

Pire, il est difficile d’imaginer un unique éléphant dans le principal zoo d’un pays dont il est l’emblème national. A ce niveau, Il y a vraiment de quoi se torturer les méninges. Ou les éléphants de Côte d’Ivoire se sont exilés sous d’autres cieux pour sacrifier à la mode du moment, ou l’espèce est en voie de disparition dans ce pays. Mais bon, passons! Il n’y a donc plus de lions, plus d’autruches. Plusieurs enclos sont si vides que chimpanzés et autres petits singes ont été réquisitionnés pour assurer le service minimum. C’est-à dire combler les différentes cages vides. Ainsi, on les trouve un peu partout. Même dans les enclos inadaptés à leur nature et jadis occupés par d’autres animaux. Notamment les grands fauves et les petits félins. Tristesse et désolation La solitude semble être la chose la mieux partagée entre les animaux du zoo d’Abidjan. Dans leurs regards se lisent stress, tristesse et résignation pour la plupart. Beaucoup semblent attendre la mort pour les délivrer de cette prison où ils croupissent. En se demandant certainement à quelle sauce, ils seront mangés? Cette situation est aggravée par l?empiètement de constructions privées sur le domaine du zoo et la dégradation de plusieurs infrastructures.

D’une superficie de 20 ha, le domaine du zoo d’Abidjan s’est rétréci comme peau de chagrin. Il n’existe plus que sur 4 ha. Enfin, pour le moment! Les constructions anarchiques favorisées par l’expansion de la cité Sanon (un quartier riverain) ont fini par avoir raison de 16 ha appartenant au domaine du zoo d’Abidjan. Certaines bâtisses privées déjà achevées et d?autres en construction semblent faire corps avec ce parc zoologique. Tant elles sont proches de certains enclos. Principalement l’enclos aux éléphants situé à l’arrière du zoo. Seule une clôture perdue dans une infime bande de broussailles les sépare désormais. Et outre la menace que représente cette invasion sur le domaine du zoo, il y a la dégradation de plusieurs infrastructures ( comme des cages, les bancs en béton?) et l’absence d’infrastructures de réception attrayantes. Ces différents problèmes n’offrent aucun gage de sécurité, aucune commodité et aucun autre attrait particulier ni aux animaux, ni aux visiteurs, ni même aux travailleurs du zoo. Dans ces conditions, il est aisé d’imaginer que les gens se bousculent aux portes du Zoo d’Abidjan. En semaine, les visiteurs se comptent sur les bouts des doigts d’une seule main. Les jours d?affluence (les weekends, jours fériés, jours de fêtes), ils peuvent se compter sur le bout des doigts des deux mains. C’est dire la grande affluence que connait le zoo! Dans ce climat de désolation, un point d’honneur tout de même : L’entretien des lieux et la passion des travailleurs.

Le zoo d’Abidjan, enfin ce qui en reste, est assez bien entretenu. Les enclos sont régulièrement nettoyés et l?enceinte du zoo dégage une certaine propreté. Le dynamisme et la passion du personnel exerçant dans de pareilles conditions sont à remarquer. C’est le signe d’une grande volonté. Hélas! Il est vrai que la crise politique qui a progressivement entrainé le pays dans une vague de violence depuis le départ du premier président de la Côte d’Ivoire pour l’au-delà, a laissé bien des traces au plan économique. Et il est aussi vrai qu’en Afrique, il y a un adage qui dit qu’on ne demande pas à un homme qui a faim si son chien a mangé. Mais la crise économique que vit la Côte d’Ivoire depuis plus d’une décennie, ne saurait justifier à elle seule le manque de volonté politique et le peu d’intérêt accordé à ce patrimoine par les différents pouvoirs qui se sont succédé après Houphouët-Boigny. Et dont les tenants, à l?image de bon nombre d?Ivoiriens, n?aiment peut-être les animaux que lorsqu’ils font des bonds?dans la marmite.

CARELL BOHOUI

09:21 Écrit par Bermudas Weed | Lien permanent | Commentaires (0) |  Imprimer | |  Facebook | | | | Pin it! | | |  del.icio.us | Digg! Digg

Les commentaires sont fermés.