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lundi, 25 février 2013

Au nom de notre foi: Faut-il brûler nos facultés ivoiriennes de droit ?

 

Notre voie-25/2/2013

Chassez le naturel, il revient toujours en force et au galop ! Cet adage ne ment pas. La preuve est donnée ces derniers jours avec cette nauséeuse affaire de « nationalité douteuse » qui refait violemment surface grâce ou à cause (c’est selon) de celui-là qui fut l’acteur principal de cet épisode troublant de l’histoire récente de notre pays. De toute évidence, pour notre cher président, le rattrapage ethnique s’accompagnera désormais et certainement malgré lui, comme un boulet à ses pieds, du rattrapage historique. L’histoire est foncièrement têtue. Nous étions pourtant prévenus. Même parvenu au pouvoir grâce aux « bombes démocratiques », l’histoire le rattrape cette fois-ci sans ses « bombes démocratiques ». En voulant forcer le destin de cette triste façon, il est rattrapé par sa propre histoire, non de gloire mais de mensonge, de faux et de sang. Il est même entré en collusion avec sa propre histoire. Et cette collusion a commencé dans les montagnes de l’ouest. De quoi s’agit-il ? Il est abondamment question dans la presse, ces jours-ci, que le sieur Tia Koné, qu’on pourrait, il y a peu, ranger dans la catégorie des savants du droit dans notre pays, a révélé et soutenu que ce qu’il avait dit en 2000 pour justifier le rejet des candidatures présidentielle et législative de Alassane Dramane Ouattara, était faux. Il aurait fait du faux de même que son mentor d’aujourd’hui. Il a dit cela dans les montagnes, à l’ouest de notre pays, là où se couche le soleil (est-ce un signe prémonitoire ?) A l’analyse, il dit n’avoir pas compris pourquoi il a agi ainsi alors que celui qui était visé par la loi sortait des cuisses de Jupiter du côté du Fmi et que c’est lui et lui seul qui pouvait sortir notre pays de sa galère et de sa misère de l’époque. L’on se pose légitimement alors la question de savoir pourquoi ce revirement spectaculaire de situation d’un savant du droit et de la magistrature là où on ne l’attendait pas ; au moment où le front de guerre juridique sur la question de la « nationalité douteuse » d’Alassane Dramane Ouattara semble refroidi pour toujours avec son entrée fracassante au palais ivoire. Pour notre pays, l’histoire juridique semble se répéter depuis le triste 11 avril 2011. En effet, hier c’était Paul Yao Ndré qui nous plongeait dans une magouille juridique et constitutionnelle qu’il aurait lui-même honte à enseigner à ses étudiants débutants d’ici et d’ailleurs. Mais il l’a fait pour plaire à la communauté internationale et pour en retirer des dividendes. C’était aussi Francis Wodié, un autre savant du droit dans notre pays qui tordait le cou à notre Constitution pour justifier l’injustifiable alors qu’il était blotti dans le bunker du Golf. Aujourd’hui, c’est Tia Koné qui se débine de cette façon et sans honte devant caméras et micros choisis et réglés pour la circonstance et dans les montagnes. Paul Yao N’dré, Francis Wodié et Tia Koné ne sont pas des juristes et magistrats quelconques (ou du moins jusqu’à à une époque donnée) dans notre pays et même en Afrique et dans le monde. Ils ont enseigné des générations d’étudiants dont beaucoup sont des cadres de la magistrature un peu partout dans le monde. A ce niveau, on ne peut pas vraisemblablement douter de leur science. Mais quand ces hommes de science se trainent par terre pour déchirer en mille morceaux et de façon aussi indécente et indigne ce qu’ils ont eux-mêmes enseigné et prennent une autre route qui n’est pas celle du droit, de la science et de la sagesse, il est à se demander s’il est encore nécessaire de laisser nos facultés de droit ouvertes dans nos universités ivoiriennes. Ne faut-il pas les brûler ? Un analyste pointilleux du quotidien Le Nouveau Courrier, Philippe Brou, a pu nous faire remarquer intelligemment ceci sur la question : « Comment peut-on comprendre qu’à l’âge où les personnalités d’un certain rang, en Occident, écrivent leurs mémoires pour défendre leur place dans l’Histoire, les nôtres, sous nos tropiques, continuent dans la complaisance et la révérence envers les puissants dans l’attente désespérée de sordides rentes de situation ? Les juristes les plus éminents de Côte d’Ivoire n’en finissent pas d’avaler leur langue et leur dignité depuis ce fameux 11 avril 2011. » (Le Nouveau Courrier du 12 février 2013). Toute la question est là : que signifie la vertu de dignité pour nos trois « éminents juristes » ivoiriens devant les décisions qui devraient engager leur dignité, leur honneur et leur science? Tout laisse croire qu’en Côte d’Ivoire, devant la kalach, la soupe et la rente, les vertus de dignité et d’honneur se vident de leur sens même chez les intellectuels chevronnés qui ont marqué de nombreuses générations d’étudiants et de cadres compétents. Comment de tels juristes peuvent-ils aussi facilement vider le contenu de leur science devant la marmite et les espèces sonnantes et trébuchantes de politiciens dont très souvent l’inculture et donc l’ignorance s’étale à l’œil nu et au grand jour? Je plains ces jeunes ivoiriens aujourd’hui qui se targuent d’étudier le droit. Qu’est-ce qu’ils font encore dans nos facultés de droit s’ils doivent voir leurs maîtres rouler dans la poussière pour obtenir les subsides et autres prébendes ou rentes viagères d’hommes aux comportements douteux pour assurer leurs vieux jours? Paul Yao N’dré, Francis Wodié et Tia Koné ne doivent plus être des modèles et des références dans le domaine du droit en Côte d’Ivoire. Ils ont étalé, sous nos yeux, leurs faiblesses et leurs lacunes vis-à-vis de l’argent et du pouvoir. Leur manque de courage devant leur propre décision révèle des personnalités plus émotives et complaisantes qu’intellectuelles. La rigueur intellectuelle qui doit caractériser tout savant les a lâchés sur l’autel de considérations complaisantes et forcément mercantiles. Dans son discours de l’Ouest, quels sont les éléments de preuve qu’il apporte pour annuler ces décisions de 2000 ? C’est là que désormais le sieur Tia est attendu par tous ces Ivoiriens qui pleurent aujourd’hui la grande mascarade qui se trafiquent sous leurs yeux impuissants. En faisant prévaloir l’émotion sur la science, on conduit les Ivoiriens dans un débat creux, politiquement malsain et vicieux. La question de la nationalité du dictateur d’Abidjan, qui de toute évidence était pendante, pouvait être ressuscitée par tout le monde sauf par Tia Koné à moins que la « gouvernementalité du ventre » ne soit le critère de choix de ce dernier. Nous avons toujours soutenu que la guerre a toujours été le fait des intellectuels. Ce sont eux qui ouvrent les fronts de guerre et vont facilement se la couler douce ailleurs, dans les oasis de bonheur. Tia Koné serait-il aujourd’hui en mesure de regarder les Ivoiriens en face et de leur faire entendre un autre son de cloche que son arrêté de 2000 contre sa nouvelle idole et champion toute catégorie d’aujourd’hui ? Serait-il capable d’enseigner encore le droit dans nos universités ? Ces questions ne sont pas subsidiaires.

08:46 Écrit par Bermudas Weed | Lien permanent | Commentaires (0) |  Imprimer | |  Facebook | | | | Pin it! | | |  del.icio.us | Digg! Digg

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