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lundi, 04 mars 2013

Après l’audience. Voici les prochains défis pour Gbagbo

 

Le Nouveau courrier-3/3/2013

Que va-t-il se passer désormais ? Quelles sont les prochaines échéances ? Quelles stratégies possibles pour le bureau du procureur et pour la Défense ? Notre décryptage.

La longue «course de fond» qui a rythmé le quotidien de la Cour pénale internationale mais aussi de la Côte d’Ivoire tout entière s’est achevée. Les débats enfiévrés entre le bureau du procureur, les avocats de la Défense et la «représentation des victimes», dans le cadre de l’audience dite de «confirmation des charges» contre le président Laurent Gbagbo ont pris fin.

Que se passera-t-il maintenant? Quels sont les défis et les batailles à venir?

Après les joutes verbales, les controverses écrites. D’ici le 14 mars, l’Accusation et la «représentation des victimes» remettront à la Cour des «requêtes écrites» censées compléter leurs présentations. Nul doute que le bureau du procureur aura à cœur de replâtrer les carences les plus patentes de son document contenant les charges.

Au plus tard le 28 mars, la Défense répondra aux documents de ses adversaires. Et c’est 60 jours plus tard que les juges de la Chambre préliminaire I décideront s’il y a «des preuves suffisantes donnant des motifs substantiels de croire que le suspect a commis chacun des crimes qui lui sont imputés». Soit en fin mai. Les juges devront soit confirmer les charges, soit refuser de les confirmer, soit ajourner l’audience et demander au procureur d’apporter des éléments de preuves supplémentaires, de procéder à de nouvelles enquêtes, ou de modifier les charges, en tout ou partie.

Au regard de la médiocrité du dossier de l’Accusation, il est fort peu probable que les juges confirment les charges en l’état. Mais face aux pressions diplomatiques, et à «l’utilité» de Gbagbo pour une CPI qui doit bien justifier son existence au regard de son faible bilan, on peut penser que les juges demanderont au procureur de revoir sa copie pour présenter un dossier plus «acceptable».

Le temps des manœuvres et des manipulations

Les différentes parties doivent donc se préparerà un possible nouveau round. Et Gbagbo, qui a économisé ses «billes», en est manifestement conscient. Le temps des grandes manœuvres a commencé pour une Accusation en manque à la fois de preuves matérielles et de témoins privilégiés cohérents qui épousent totalement la trame de son «narratif». En effet, les principaux témoins à charge infirment, en réalité, la thèse du «plan commun» et décrivent Gbagbo sous des traits mélioratifs. Que va faire «madame la procureure», et son allié – le régime Ouattara?

Dans la controverse rwandaise, l’on a vu, plusieurs années après, apparaître, disparaître et réapparaître des «pièces» très souvent douteuses censées prouver que l’avion du président Juvénal Habyarimana avait été abattu par l’une ou l’autre des parties belligérantes… Une boîte noire par-ci, un «rapport balistique» par là…

Nul doute que les «officines» qui ont installé Alassane Ouattara au pouvoir sont déjà à l’œuvre. Non pas tant pour trouver des preuves contre Gbagbo, mais au moins des semblants de preuve qui justifieraient un maintien en détention et donneraient un peu de contenance au bureau du procureur.

Par ailleurs, le régime Ouattara pourrait accentuer la pression sur ses «otages» ayant fait partie du dispositif sécuritaire de l’époque Gbagbo,qu’ils aient été «recyclés» dans les arcanes du pouvoir ou qu’ils soient soumis à la torture dans les prisons du Septentrion. Bien entendu, les journalistes français qui ont accompagné le storytelling mensonger du camp Ouattara pourront donner de la voix pour amplifier toute «révélation» bancale.

De son côté, la Défense va essayer de profiter du probable discrédit qui frappera le bureau du procureur,vu le caractère lacunaire – pour ne pas dire plus – de son document contenant les charges. Il est à cet égard frappant de constater que la tonalité de la presse africaine et française est marquée par un grand sentiment de perplexité, voire d’injustice, après cette audience de confirmation des charges. Les contradictions de la CPI, qui n’est absolument pas décidée à poursuivre Alassane Ouattara ou ses lieutenants, la brutalité du régime installé par la communauté internationale en Côte d’Ivoire, les impasses d’une «justice des vainqueurs» qui est au

point mort à Abidjan, les échecs d’un processus de réconciliation nationale «sans Gbagbo»… sont autant de leviers sur lesquels l’équipe dirigée par Maître Emmanuel Altit pourront jouer. Dans une partie d’échecs qui est, derrière le masque judiciaire, avant tout politique et diplomatique

08:28 Écrit par Bermudas Weed | Lien permanent | Commentaires (0) |  Imprimer | |  Facebook | | | | Pin it! | | |  del.icio.us | Digg! Digg

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