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lundi, 18 mars 2013

Hanny Tchelley-Etibou, réalisatrice «J’ai fait le deuil du 11 Avril»

Le Nouveau Courrier-17/3/2013

Aujourd’hui en exil, en Belgique, avec son époux François Kency, Hanny Tchelley-Etibou se refait une vie nouvelle. Accrochée à sa foi et à ses convictions, la réalisatrice, Directrice du Festival International du Court-métrage d’Abidjan (Fica) revient sur l’histoire récente et douloureuse de la Côte d’Ivoire, son histoire à elle. Sans haine.

Comment allez-vous sur le plan moral, après tous ces traumatismes vécus voilà bientôt deux ans?

Je vais bien par la grâce de Dieu.

En Belgique actuellement avec votre époux, comment vous vivez cet exil là?

Comme vous le savez, mon époux et moi faisions déjà la navette entre Bruxelles et Abidjan, mais aujourd’hui je suis en exil parce que je ne peux pas rentrer en Côte d’Ivoire sans risquer ma vie. Je le vis comme tous les exilés, coupés de leur pays, et c’est dommage car la Constitution ivoirienne l’interdit clairement.

Quelle est la dernière image que vous gardez du pays lorsque vous le quittiez?

Difficile à dire. Nous sommes partis de notre maison le 30 mars 2011, suite à un coup de fil anonyme à mon mari, le prévenant que des gens venaient chez nous le même soir pour nous tuer. Heureusement, il a pensé à prendre nos passeports, car nous n’y sommes plus revenus ! Du 30 mars au 14 avril 2011, un homme a mis sa vie en péril en nous accueillant, nous cachant, jusqu’à ce que nous sortions du pays.

Que Dieu le bénisse pleinement ! J’ai vu un pays dévasté, des visages hagards, tétanisés, des cadavres jonchant le sol, la mort, la désolation partout. Nous avons quitté la côte d’ivoire le 14 avril 2011.

Et celle du président Gbagbo ?

Pour dire vrai, j’ai fait le deuil des images du 11 avril 2011 car le Président Laurent Gbagbo est un homme qui aime la vie ! Donc la dernière image que j’ai de lui, c’est celle que j’ai en mémoire lorsque que j’étais avec lui à La Haye pendant 3h30 d’horloge! Et c’est celle-là, la vraie image du Président Gbagbo: enjoué, profond, serein, humain, confiant dans la justice de Dieu.

On n’imagine que vous en avez pleuré, vu le traitement qui lui a été infligé du Golf, en passant par 7 mois d’enfermement à Korhogo, jusqu’à sa déportation à La Haye?

Non, je n’ai pas pleuré. Nous avons parlé de tout ce qui s’est passé, de quand les militaires français sont venus l’arrêter à la résidence jusqu’à son arrivée à la Haye, en passant par l’hôtel du Golf et Korhogo, mais nous sommes rapidement passés à d’autres sujets… C’est son destin, c’est sa destinée, il le sait, il l’assume. D’un point de vue humain on peut être ému par toutes ces épreuves, mais spirituellement, il faut se demander pourquoi Dieu a voulu que ce soit lui qui porte ce fardeau ? Si Dieu n’a pas permis qu’il meurt le 11 avril 2011, ni sa femme, ni ses enfants, ni au Golf, ni à Korhogo, c’est qu’Il a un plan ! Si Satan avait su la gloire qui attendait Jésus, il ne l’aurait pas cloué à la croix !

Comment avez-vous vécu cette audience de confirmation des charges contre le Président?

Très bien ! Notre Dieu a voulu que la parole de son serviteur soit entendue du monde entier, que la Vérité soit sue de tous, je dis merci Seigneur! Combien d’agences de communication, combien de « stratégies » en communication, combien de milliards il aurait fallu pour arriver à cela ? Dès le Vendredi 22 février 2013, le Président Gbagbo avait déjà été « lavé» par Maître Altit et son équipe, avec les éléments accablants qu’ils ont produits ! Et son intervention du 28 Février a confirmé l’humaniste, le démocrate qu’il est. En 17 minutes sur les 30 qu’il avait, le monde a compris qui est l’homme. Nous prions pour que le Seigneur accomplisse ce qu’il a dit d’avance.

Votre avis sur son avenir ?

C’est Dieu qui sait l’avenir de chacun sur terre. Mais quoi qu’il se passe, que la CPI confirme ou pas les charges, qu’il y ait procès ou pas, tout le monde a compris que cet homme paie pour son insoumission « aux grands » de ce monde, sa liberté, son indépendance. Cette affaire est évidemment politique, les gens doivent « gérer » leur honte de s’être laissé embarquer ainsi, mais il y a une justice qui dépasse celle des hommes, et l’avenir du Président Gbagbo est glorieux. Gardons notre Foi dans le Seul Vrai Juge…

Avez-vous maintenu le contact avec tous ces artistes en exil : Le président Gadji, Serges Kassy, votre «père» ou «grand frère » Sidiki Bakaba, Paul Madys, Aïcha Koné, etc…

Oui, je suis en contact avec certains, surtout avec Serges Kassy.


Aujourd’hui, Alassane Dramane Ouattara et son groupe parlent de réconciliation. Y croyez-vous? Êtes-vous prêtes à vous y engager?

Vous savez, il y a des mots qui ne sont que des mots (Rires). Pendant 10 ans, le Président Gbagbo a couru après la réconciliation, il a fait tous les sacrifices possibles et impossibles, je ne vais pas vous les énumérer tout le monde les connait. Dès que l’accord de Ouagadougou a été signé, François Kèncy a fait la chanson « Dialoguons pour la Paix » en duo avec feu le vieux Gnapo Bernard, suivie d’une tournée de la Paix dans toutes les régions Centre, Nord et Ouest (C.N.O). Quant à moi, j’ai produit et présenté l’émission «Entr’nous objectif Paix » à laquelle tout le monde a participé, quelque soit son bord politique ! En 2008, pour les 10 ans du FICA dont le thème était la Paix, mon équipe et moi avons été reçus par tous les hommes politiques du pays, qui ont écrit un mot dans le catalogue du festival.

Alors de quelle réconciliation parle-ton, quand la moitié du pays croupit en prison, ou est en exil, quand les comptes bancaires des gens sont gelés ou sous séquestre au motif qu’ils ont soutenu le Président Gbagbo? Quand la justice est à 2 vitesses? Vous savez que ma société existait depuis 1996, bien avant l’arrivée au pouvoir du Président Gbagbo et qu’ils ont tout pillé, les caméras, le matériel, les voitures ! Qu’ils ont commencé par notre maison, nos voitures personnelles, tout, absolument tout !

Moi ne je suis qu’humaine, mais en tant que Chrétienne, je prie le Seigneur qui a sauvé nos vies, pour qu’il me donne la force…

Un vrai processus de réconciliation en Côte d’Ivoire, pour vous ça passe par quoi?

Ce sont les tenants actuels du pouvoir qui peuvent répondre à cette question. Quand le Président Gbagbo était au pouvoir, il a amnistié les rebelles, il les a pris dans ses différents gouvernements, il a même nommé leur chef Premier Ministre ! C’était son choix, est-ce celui de ceux qui sont là aujourd’hui ? Je ne peux pas répondre à leur place.

Parlons maintenant de votre activité professionnelle. Vous êtes réalisatrice, femme de cinéma, on suppose que vous poursuivez votre chemin là ou vous êtes…

Un artiste reste toujours un artiste, quelque soit là où il est ! L’année 2011-2012, j’ai suivi une formation en scénarisation sanctionnée par un diplôme. Depuis janvier 2013, je suis membre du Conseil d’Administration de l’institution Africalia. Du 3 au 9 Mars dernier, je suis repartie en Belgique où j’ai collaboré au 15ème Festival du Film Juif de Bruxelles, une belle expérience soit dit en passant ! J’écris mes scénarii, je travaille sur la prochaine mouture du Fica, donc oui, je poursuis mon chemin !

Ici au pays, Naky Sy Savané a créé un festival récemment (Festival du Film et du Cinéma des Lagunes). Dans une contribution, vous l’avez accusé de plagiat, pouvez-vous vous expliquez encore? D’autant plus que votre festival, le Fica porte sur les courts métrages, alors que le sien concerne les longs métrages…

Comme vous le rappelez, j’ai écrit une lettre ouverte qui est d’ailleurs parue dans vos colonnes, pour marquer le coup. Je ne souhaite pas revenir dessus, passons à autre chose. Il faut juste retenir que le Fica survivra à tout ça.

Le cinéma ivoirien aujourd’hui, comment vous le voyez? Un office de cinéma pour lequel vous avez été pressentie à la direction dans le temps existe aujourd’hui. Est-ce la panacée, un tel organe qui n’existe visiblement que dans la forme sans moyens véritables?

C’est le Président Gbagbo qui m’avait demandé de lui faire des propositions pour «booster» le cinéma ivoirien, parce que je me plaignais qu’il n’y ait pas de politique cinématographique, pas de salles, etc. J’en avais même parlé à Monsieur Gnoan M’bala en 2005, pendant que nous étions à un festival de cinéma à Isola, en Slovénie. J’ai donc écrit le projet de l’office du cinéma, que je ne pensais pas diriger. J’ai été surprise par l’annonce lors du Fica 2008. Mais quelles méchancetés, quelles bassesses n’aije pas vues et entendues après cette annonce publique ! S’il existe aujourd’hui comme vous dites, ceux qui le dirigent devraient développer le cinéma du pays et cela devrait se voir non ? Parce que c’était le but de l’office!

Vous êtes sociétaire du Burida, votre époux également. Comment vous jugez-vous la gestion de Mme Vieira de retour à la tête de la maison, qui parle de réforme des textes et statuts pour une meilleure redistribution des droits?

Nous ne sommes pas en Côte d’Ivoire, nous ne pouvons donc pas juger d’une quelconque gestion du Burida.

Au final, si tout était à refaire que feriez-vous?

Si tout était à refaire, je suivrais mes convictions et ma Foi. Je ne vis pas en marge de ma société donc les problèmes de ma société me concernent. Je me battrais comme je me suis toujours battue contre l’injustice, l’inégalité, l’égocentrisme, l’égoïsme, le faux, d’où qu’ils viennent, quoi qu’il m’en coûte ! Car je crois que les artistes se doivent de promouvoir des valeurs humaines, morales, spirituelles, sociétales. Je ne cherche pas à plaire à tout le monde, à faire toutes sortes de contorsions avec ma conscience. Si c’était à refaire, je serais moi, tout simplement.

Un dernier mot à l’endroit de tous ces Ivoiriens dehors ou à l’intérieur du pays qui souffrent le martyre aujourd’hui face à la situation dramatique du pays?

Je salue tous ceux qui souffrent à cause de leur soutien supposé ou réel au Président Gbagbo, ou de leur ethnie proche de la sienne ou pas, qui sont en prison, en exil ou qui vivent le martyr en Côte d’Ivoire. Je salue la presse et les journalistes qui se battent au péril de leurs vies pour informer. A tous je dis ceci: La Côte d’Ivoire à été attaquée injustement, accusée à tord, humiliée, rejetée, raillée, objet d’envieux visant à la détruire. Elle est victime de ce qu’elle est la Côte d’Ivoire. Mais la Côte d’Ivoire ancienne est morte le 11 avril 2011 ! Et comme dit la Bible dans 1 Pierre 1 :6-7: «C’est là ce qui fait votre joie, quoique maintenant, puisqu’il le faut, vous soyez attristés pour un peu de temps par diverses épreuves, afin que l’épreuve de votre foi, plus précieuse que l’or périssable qui cependant est éprouvé par le feu, ait pour résultat la louange, la gloire et l’honneur, lorsque Jésus-Christ apparaîtra.» Que Dieu veille sur Sa Nation et Son Peuple!

Franck-Harding M’Bra

09:23 Écrit par Bermudas Weed | Lien permanent | Commentaires (0) |  Imprimer | |  Facebook | | | | Pin it! | | |  del.icio.us | Digg! Digg

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